15 septembre 2017

Conférence à Brouage sur
"la faune et sa symbolique dans l'art"
par
Mme Muriel Perrin,
Directrice de l'Atelier du Patrimoine de Saintonge
et
visite de l'atelier du sculpteur Jürgen Lingl-Rebetez"

musées de Saintes
COMPTE RENDU
LA FAUNE DANS L’ART

15 septembre 2017 : dans la Halle aux vivres de la citadelle de Brouage, Mme Muriel Perrin, directrice de l’Atelier du Patrimoine de Saintonge, ouvre notre nouvelle saison par une conférence sur « La faune et sa symbolique dans l’art », en lien avec la visite prévue dans l’après-midi. De son riche propos, on ne saurait donner ici qu’un aperçu.
Au commencement était la Bible, où les animaux foisonnent : serpent, colombe, veau (d’or), bouc (émissaire), âne, bœuf, agneau plus tard transformé en symbole christique, bêtes de l’Apocalypse, emblèmes de chacun des évangélistes… Les enluminures du XIVè s., associent au démon de la Genèse un serpent à tête monstrueuse, mais la signification du même animal peut différer selon les lieux et les temps, puisque le caducée d’Hermès-Mercure de l’antiquité païenne exprimait, lui, antagonisme et équilibre. Quant à l’épisode du Déluge, la figuration des espèces sauvées privilégie des animaux sauvages plutôt que domestiques, en particulier le lion, l’ours, le sanglier. Le Moyen Age, qui perçoit l’animal comme une créature de Dieu à part entière, en peuple les proverbes autant que les armoiries. Réel ou fantasmé, peu véridique car souvent mal connu, il devient le support d’un enseignement moral en lequel son image tendrait à se figer : le lion symbolise la force ou l’orgueil, la justice est figurée par un échassier, l’ours incarne la gourmandise, le singe la luxure,… Comme en témoignent les chapiteaux d’Aulnay, le plus représenté dans l’art roman est le lion, l’emblème de la chevalerie. En réalité, chaque animal possède souvent un double aspect symbolique. Ainsi, l’aigle exprime à la fois la rapacité et la puissance d’élévation qui l’associe au baptême, à l’Ascension, au Jugement dernier. Venu des traditions nordiques et slaves, et très présent, l’ours oscille également entre les valeurs négative (sa sauvagerie) et positive (sa parenté avec l’homme). Le chat, compagnon préféré des sorcières, est rattaché en outre à la tromperie et à Judas. Enfin, tout un bestiaire diabolique rassemble des créatures liées, telle la chouette, à l’inquiétante obscurité, et des êtres hybrides, monstres mi-hommes mi-bêtes, sculptés à l’Abbaye-aux-Dames, à Saint-Eutrope, à Chauvigny, à Conques… Avec la Renaissance, de moralisateur, le symbolisme se fait érudit, voire crypté, comme dans la suite des tapisseries de La Dame à la Licorne : si le lion et la licorne y rappellent les armoiries du commanditaire, les cinq premiers panneaux évoquent les cinq sens par des animaux parfois inattendus; dans le dernier, représentant l’entendement, les animaux sont figurés au repos. Quand Jan Bruegel et Rubens consacreront à leur tour une série aux cinq sens, ils reprendront les mêmes combinaisons animales.
Pour terminer, un exemple encore, parmi bien d’autres, des variations du symbolisme animal selon les lieux et les époques : longtemps, en Occident, la libellule a été perçue comme maléfique, liée à la mort, notamment dans les vanités, alors qu’au Japon, elle signifiait la force et la bravoure. L’introduction en France du japonisme, vers 1860, la fait changer de valeur, chez Gustave Moreau puis dans l’Art nouveau, et bientôt orner un guéridon de Gallé, des appliques, des coupes, des bijoux et jusqu’à un bouchon de radiateur…
L’après-midi, nous sommes accueillis, et combien chaleureusement ! dans la maison et l’atelier de Jürgen Lingl-Rebetez, par son épouse et lui-même, que notre Association s’honore de compter parmi ses membres. Sculpteur sur bois, mais peintre aussi et graveur, notre hôte répond avec bonne grâce à nos questions sur son parcours et sa pratique. Il tient que l’artiste est d’abord un artisan qui maîtrise un savoir-faire. Sa propre habileté, étonnante, à la tronçonneuse, en est une preuve. D’énormes troncs d’épicéa venus de Suisse, il dégage tout un monde animal résolument figuratif, que côtoient quelques anges… Le pinceau, à la fin, colorant avec finesse le bois nu, donne à l’œuvre le frémissement de la vie. Que ceux qui ont manqué cette visite conclue par une coupe de champagne, se dédommagent en partie en regardant le site de cet artiste généreux.